Affichage des articles dont le libellé est vieille. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est vieille. Afficher tous les articles

dimanche 15 mars 2009

La paix (Sabine Sicaud)

La carte du comptoir des vers persiste dans la publication des poèmes de Sabine Sicaud, poétesse précoce et méconnue, terrassée par la maladie à l'age de 15 ans en 1928.
Pour découvrir encore plus Sabine Sicaud, rendez vous sur le site qui lui est consacré.

La carte du comptoir des poésies, sans commentaire ni explication, suggère ses "classiques" en bas de ce poème.


Comment je l'imagine ?

Eh bien, je ne sais pas...

Peut-être enfant, très blonde, et tenant dans ses bras

Des branches de glycine ?

Peut-être plus petite encore, ne sachant

Que sourire et jaser dans un berceau penchant

Sous les doigts d'une vieille femme qui fredonne ...

Parfois, je la crois vieille aussi ... Belle, pourtant,

De la beauté de ces Madones

Qu'on voit dans les vitraux anciens. Longtemps

Bien avant les vitraux, elle fut ce visage

Incliné sur la source, en un bleu paysage

Où les dieux grecs jouaient de la lyre, le soir.

Mais à peine un moment venait-elle s'asseoir

Au pied des oliviers, parmi les violettes.

Bellone avait tendu son arc ... Il fallait fuir.

Elle a tant fui, la douce forme qu'on n'arrête

Que pour la menacer encore et la trahir !

Depuis que la terre est la terre

Elle fuit ... Je la crois donc vieille et n'ose plus

Toucher au voile qui lui prête son mystère.

Est-elle humaine ? J'ai voulu

Voir un enfant aux prunelles si tendres !

Où ? Quand ? Sur quel chemin faut-il l'attendre

Et sous quels traits la reconnaîtront-ils

Ceux qui, depuis toujours, l'habillent de leur rêve ?

Est-elle dans le bleu de ce jour qui s'achève

Ou dans l'aube du rose avril ?

Ecartant, les blés mûrs, paysanne aux mains brunes

Sourit-elle au soldat blessé ?

Comment la voyez-vous, pauvres gens harassés,

Vous, mères qui pleurez, et vous, pêcheurs de lune ?

Est-elle retournée aux Bois sacrés,

Aux missels fleuris de légendes ?

Dort-elle, vieux Corot, dans les brouillards dorés ?

Dans les tiens, couleur de lavande,

Doux Puvis de Chavannes ? Dans les tiens,

Peintre des Songes gris, mystérieux Carrière ?

Ou s'épanouit-elle, Henri Martin, dans ta lumière ?

Et puis, je me souviens ...

Un son de flûte pur, si frais, aérien,

Parmi les accords lents et graves ; la sourdine

De bourdonnants violoncelles vous berçant

Comme un océan calme ; une cloche passant,

Un chant d'oiseau, la musique divine,

Cette musique d'une flotte qui jouait,

Une nuit, dans le chaud silence d'une ville,

Mozart te donnant sa grande âme, paix fragile ...

Je me souviens ... Mais c'est peut-être, au fond, qui sait ?

Bien plus simple ... Et c'est toi qui, la connais,

Sans t'en douter, vieil homme en houppelande,

Vieux berger des sentiers blonds de genêts,

Cette paix des monts solitaires et des landes,

La paix qui n'a besoin que d'un grillon pour s'exprimer.

Au loin, la lueur d'une lampe ou d'une étoile,

Devant la porte, un peu d'air embaumé ...

Comme c'est simple, vois ! Qui parlait de tes voiles

Et pourquoi tant de mots pour te décrire ? Vois,

Qu'importent les images : maison blanche,

Oasis, arc-en-ciel, angélus, bleus dimanches !

Qu'importe la façon dont chacun porte en soi,

Même sans le savoir, ton reflet qui l'apaise,

Douceur promise aux coeurs de bonne volonté ...

Ah ! Tant de verbes, d'adjectifs, de parenthèses !

Moi qui la sens parfois, dans le jardin, l'été,

Si près de se laisser convaincre et de rester

Quand les hommes se taisent ...


==================================================

Les "classiques" de la
carte du comptoir des vers :


- D'autres Sabine Sicaud : douleur je vous déteste, jour de fièvre, la vieille femme de la Lune, vous parler ?, premières feuilles, la solitude, chemins de l'ouest, la grotte des lépreux

-
Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire, cent fois plus qu'à louer on se plaît à médire, à Madame Marguerite d'écrire en sa langue

- José Maria de Heredia : les conquérants ("comme un vol de gerfauts hors du charnier natal"), le tepidarium, l'esclave, soir de bataille, le voeu, la belle viole, fleurs de feu, le vitrail, Tranquillus, le bain

- Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, correspondances, à une dame créole, le soleil, toute entière, j'aime le souvenir de ces époques nues,les ténèbres, je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), à celle qui est trop gaie, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", une martyre, une mendiante rousse, confession, quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, le chat

-
Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, l'adieu, nuit rhénane, Marizibill, acousmate, chant de l'horizon en Champagne, Annie, le chef de section, dans l'abri-caverne, la Victoire, nocturne, le vigneron champenois, ô naturel désir, à l'Italie, l'émigrant de Landor Road, à la Santé

- Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), petit chat, l'hymne au soleil, rois mages, nénuphars

- Arthur Rimbaud : le bateau ivre, le dormeur du val, voyelles, sensations, Vénus Anadyomène, chant de guerre parisien, les mains de Jeanne-Marie, les étrennes des orphelins, l'homme juste, Marine, petites amoureuses, aube, soleil et chair, chanson de la plus haute tour, au cabaret vert (cinq heures du soir), ma Bohème, les douaniers, première soirée, Michel et Christine, les assis, jeune ménage,tête de faune, à la musique, mouvement, age d'or, ô saisons ô chateaux, Bruxelles, l'orgie parisienne, les pauvres à l'église

- Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Santa Espina,la rose et le réséda, nous dormirons ensemble, un jour un jour, l'affiche rouge, la belle italienne, Charlot mystique, chambre garnie, chambres d'un moment,
Elsa, Elsa au miroir, les mains d'Elsa, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

- Et, bien entendu, le kitschissime poème acadien de H.W. Longfellow Evangéline

mardi 21 octobre 2008

Vieille ferme à la Toussaint (Emile Verhaeren)

La carte du comptoir des vers se tourne délibérement vers un menu d'automne et propose donc des opus de Toussaint.
Après les pensées des morts du fringuant Lamartine, voici un petit Mimile Verhaeren saisonnalisé qui complète la rentrée des moines, les soirs d'été, les pêcheurs à cheval, la grande chambre, la ville et l'étal.

Aussi, momentanément, sur le comptoir des vers, plus de Gérard de Nerval (Antéros, Madame Aguado, Résignation, Louise d'or reine, Gaieté, Fantaisie, J.Y. Colonna, ou Pensée de Byron), ni d'Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne) et encore moins de Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu ...).


La ferme aux longs murs blancs, sous les grands arbres jaunes,

Regarde, avec les yeux de ses carreaux éteints,

Tomber très lentement, en ce jour de Toussaint,

Les feuillages fanés des frênes et des aunes.

Elle songe et resonge à ceux qui sont ailleurs,

Et qui, de père en fils, longuement s'éreintèrent,

Du pied bêchant le sol, des mains fouillant la terre,

A secouer la plaine à grands coups de labeur.

Puis elle songe encor qu'elle est finie et seule,

Et que ses murs épais et lourds, mais crevassés,

Laissent filtrer la pluie et les brouillards tassés,

Même jusqu'au foyer où s'abrite l'aïeule.

Elle regarde aux horizons bouder les bourgs,

Des nuages compacts plombent le ciel de Flandres,

Et tristement, et lourdement se font entendre,

Là-bas, des bonds de glas sautant de tour en tour.

Et quand la chute en or des feuillage effleure,

Larmes ! ses murs flétris et ses pignons usés,

La ferme croit sentir ses lointains trépassés

Qui doucement se rapprochent d'elle, à cette heure,

Et pleurent.

samedi 1 septembre 2007

Les soirs d'été (Emile Verhaeren)

Lorsque rentrent des alentours,

Tels soirs d'été, les attelages,

Les vieilles gens des vieux villages

Se rassemblent aux carrefours.

Les plus anciens semblent descendre

Du calvaire de leurs cent ans ;

Leurs petits yeux sont clignotants

Dans leur face couleur de cendre.


Ils sont à bout de tant marcher ;

Ils radotent, sourient et pleurent,

Puis se taisent, écoutant l'heure

Casser le temps, à leur clocher.

Les aïeules se sont assises

Sur les roses d'un coussinet ;

Les deux brides de leur bonnet

Tombent d'aplomb sur leurs mains grises.

Les veilleuses du souvenir

Brûlent au fond de leurs mémoires ;

Leur menton mâche des histoires

Longues à ne jamais finir.

La plus jeune passe à la ronde

Quelques lambeaux d'un almanach ;

Entre deux prises de tabac,

On discute la fin du monde.

On reparle de morts fauchés

Depuis quels temps ! - Dieu s'en souvienne.

C'était quand l'école gardienne

S'ouvrait encore au vieux marché.

On dit ses deuils et ses misères ;

On se chamaille et c'est à qui

Traîne le plus dolent ennui

Vers les plus noirs anniversaires.

Tous sont jaloux de leurs douleurs :

Défunt leur fils, morte leur fille ;

Les boeufs, qui sont de la famille,

Captés, un soir, par des voleurs.

Et tous les maux que l'on endure

Sans qu'on aille crier, merci !

Sève épuisée et sang moisi,

Sous la chair flasque et la peau dure.

Ainsi causent les vieilles gens,

Les soirs d'été, dans les villages ;

Sur le chemin, les attelages

Fleurent, au loin, comme un encens.

Et, jour à jour, les temps s'écartent ;

Du lundi soir au samedi


On ressasse ce qu'on s'est dit,

Mais le dimanche, on joue aux cartes.

lundi 6 août 2007

Ballade de frère Lubin (Clément Marot)

Pour courir en poste à la ville

Vingt fois, cent fois, ne sais combien ;

Pour faire quelque chose vile,

Frère Lubin le fera bien ;

Mais d'avoir honnête entretien

Ou mener vie salutaire,

C'est à faire à un bon chrétien,

Frère Lubin ne le peut faire.

Pour mettre, comme un homme habile

Le bien d'autrui avec le sien,

Et vous laisser sans croix ni pile,

Frère Lubin le fera bien :

On a beau dire, je le tien :

Et le presser de satisfaire,

Jamais ne vous en rendra rien,

Frère Lubin ne le peut faire.

Pour débaucher par un doux style

Quelque fille de bon maintien,

Point ne faut de vieille subtile,

Frère Lubin le fera bien.

Il prêche en théologien,

Mais pour boire de belle eau claire,

Faites-la boire à votre chien,

Frère Lubin ne le peut faire.

Pour faire plutôt mal que bien,

Frère Lubin le fera bien ;

Et si c'est quelque bonne affaire,

Frère Lubin ne le peut faire.